Sandra Ganneval, l'autoédition, le choix de la liberté

"Le grand mystère des règles, pour en finir avec un tabou vieux comme le monde", Jack Parker, 2018

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Que pensez-vous de ce portrait de Donald Trump ?

 

Le trouvez-vous beau, laid ?

 

Détestez-vous l’homme qu’il représente ?

 

Il ne vous fait ni chaud ni froid ?

 

Et si je vous disais que le matériau utilisé pour dessiner ce portrait est humain, qu’il s’agit de sang, de sang humain.

 

Qu’est-ce que cela vous fait ? Vous vous demandez peut-être du sang de qui il s’agit. De celui de l’artiste, de celui d’une autre personne ? Comment a-t-il été prélevé ?

 

Et si je vous disais qu’il ne s’agit pas de n’importe quel sang mais de celui des menstrues de l’artiste, celui de ses règles, celui de ses ragnagnas, celui de ses « Anglais qui ont débarqué », qu’elle l’a récupéré dans une coupe menstruelle et l’a utilisé pour dessiner.

 

Oui, ce sang-là.

 

Que ressentez-vous maintenant ?

 

Du dégoût ? Vous avez envie de vomir ? De la fascination, peut-être, une fascination que vous trouvez malsaine ?

 

En tout cas, pas de l’indifférence, ça j’en suis sûre à 1000 %.

 

Pourquoi parler des règles, pourquoi les montrer, pourquoi les mettre en scène ?

 

Ça ne se fait pas.

 

Les règles, ça fait partie de la sphère privée, de la sphère intime. Est-ce que ce n’est pas impudique de parler des règles ?

 

Quand on prend le temps d’y réfléchir, on se rend compte que les règles, c’est un sujet tabou. Je n’ai jamais entendu une femme dire à haute voix en public qu’elle avait ses règles. D’ailleurs, souvent, on utilise des périphrases pour en parler, nos codes secrets pour parler de nos histoires de filles.

 

Je n’ai jamais entendu une fille, une femme demander à haute voix un tampon ou une serviette hygiénique parce que ses règles étaient arrivées sans prévenir et qu’elle avait besoin qu’une de ses consœurs la secoure. Non, si elle demande, ce sera, le plus souvent, en toute discrétion.

 

Je n’avais jamais lu un livre consacré aux règles, je trouve d’ailleurs assez culotté d’oser écrire sur le sujet et je me trouvais assez culottée de le lire dans le métro avec la couverture bien visible mais bon, vu que dans le métro, tout le monde a la tête penchée sur son portable, le risque de me faire remarquer était vraiment minime.

 

Grâce à ce livre, j’ai découvert l’art menstruel dont j’ignorais jusqu’à l’existence. Des femmes artistes peignent avec leur sang menstruel, une manière extrême de mettre à jour ce qui est caché, de jouer avec.

 

Sarah Levy, celle qui a dessiné le portrait de Donald Trump l’a fait en réaction à des propos sexistes tenus par le président des États-Unis :

 

« On pouvait voir du sang sortir de ses yeux, du sang sortir de son... où que ce soit", avait lancé Donald Trump le vendredi 7 août 2015, à propos de Megyn Kelly, journaliste vedette de la très conservatrice Fox News, qui avait co-présenté le premier débat télévisé des primaires républicaines la veille. La remarque avait provoqué une vague d'indignation au sein même du camp républicain. »

 

https://information.tv5monde.com/…/quand-sarah-levy-artiste…

 

L’auteure, l’autrice (allez, je vais finir par m’y habituer) du livre « Le grand mystère des règles » sous-titré « Pour en finir avec un tabou vieux comme le monde » se nomme Jack Parker et tient un blog nommé « Passion Menstrues », elle en connait un rayon sur le sujet.

 

https://passionmenstrues.com/

 

Pourquoi écrire un livre sur les règles ?

 

Parce que c’est un sujet tabou.

 

« Si l’on en croit les écrits de certains anthropologues, et notamment le franco-britannique Robert Briffault, le mot « tabou » dériverait directement du terme proto-polynésien tupua, ou tapua, selon les sources, qui signifierait à la fois « sacré » et « menstruations » »

 

Si. Si. Si. Les règles, c’est un sujet tabou. Essayez d’en parler à table avec un groupe de personnes, des hommes et des femmes, vous verrez les réactions.

 

Un sacré et inquiétant tabou qui ne date pas d’aujourd’hui.


Cela fait partie de ces sujets dont on a l’impression que l’on peut parler librement mais qui en fait font résolument partie de la sphère privée.

 

Dans ce livre, il est abordé de manière décomplexée et ça fait du bien. Il aborde les règles selon différents angles et j’y ai appris pas mal de choses plus ou moins douloureuses à lire.

 

Un tabou donc, dont on est toutes plus ou moins conscientes.

 

Et même si 50% de la population mondiale est de près ou de loin, selon qu'elle va les avoir, les a ou ne les a plus, concerné par le sujet, il ne lui appartient pas tout à fait.

 

Tabou au niveau de la parole.

 

Tabou imposé par différentes religions qui mettent l’accent sur l’impureté de la femme durant ses règles. Elle doit se tenir à l’écart sous peine de souiller tout ce qui l’entoure et de souiller son homme, en particulier.

 

Des textes édifiants ont été rédigés sur la femme qui a ses règles par des hommes (dois-je le préciser ?) en faisant un véritable fléau capable d’empêcher les récoltes de pousser, de faire couler les navires, de provoquer des tempêtes entre autres absurdités.

 

Vous avez peut-être entendu dire qu’une femme qui a ses règles ne devait surtout pas s’aventurer à préparer une mayonnaise et que d’une manière générale, durant cette période, elle devrait éviter de préparer des plats trop ambitieux.

 

Un des éléments les plus frappants pour moi et dont j’avais déjà entendu parler, c’est le fait que les règles puissent être l’un des facteurs qui, dans certains pays empêchent les jeunes filles d’être scolarisées. C’est sûr, si une famille n’a pas d’argent pour se nourrir correctement, il y a peu de chance qu’elle en ait pour acheter des protections périodiques à sa fille et lui permettre ainsi d’aller à l’école dans de bonnes conditions. Un des éléments biologiques inhérent à la féminité devient un facteur de discrimination et les femmes qui réclament le droit pour les femmes de disposer gratuitement de protections périodiques n’apparaissent plus comme émettant une étrange demande.

 

Il faut parler des règles parce que trop de femmes qui souffrent le martyre durant ce moment de leur cycle pensent que c’est normal. Non, ce n’est pas normal de souffrir le martyre quand on a ses règles. Et cela signifie peut-être que l’on souffre d’endométriose, une maladie encore trop peu connue. J’ai rencontré, récemment, une jeune femme de 35 ans dont l’endométriose a été diagnostiquée lorsqu’elle a eu 27 ans, enfin ! Jusque-là, les médecins lui disaient qu’elle avait des règles douloureuses et que c’était « normal ».

 

C’est bien de parler du syndrome prémenstruel parce qu’il est parfois tellement difficile à vivre.

 

Les sportives, par exemple, n’attribueront que rarement leur baisse de performance à l’arrivée imminente de leurs règles, elles trouveront toutes les excuses sauf celle-là et les rares qui osent en parler découvrent que la vérité n’est pas si mal acceptée que cela.

 

Les femmes même informées ou ayant appris à se connaître et à repérer les signes de l’arrivée de leur menstruation craignent d’en parler de peur que l’on attribue leur comportement durant cette période davantage à leurs variations hormonales qu’à une réaction saine à leur environnement.

 

Parler des règles, c’est aussi parler du mépris des fabricants de protections périodiques et de la législation pour les femmes : les fabricants ne sont pas tenus de préciser quels produits entrent dans leur composition et on a tort de leur faire confiance comme je l’expliquais dans un article précédent.

 

Le tabou des règles est aussi relié à tout un imaginaire autour de la féminité, qui a fait de la femme une déesse puis une sorcière.

 

Il y aurait encore tant de choses à en dire, sur la façon dont la publicité traite le sujet, par exemple, mais je vous renvoie au livre de Jack Parker :

 

https://amzn.to/2TakDsQ

 

Ainsi qu’à ce documentaire, « 28 jours » :

 


 

 

Ma chronique en vidéo :

 


Bonne journée !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



16/03/2019
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