Sandra Ganneval, l'autoédition, le choix de la liberté

"Goodbye, Gandhi", Mélanie Talcott, éditeur : L'ombre du regard, 2015

 

 

 

 

Je vais commencer par cette citation de Romain Rolland reprise par l’un des personnages principaux du livre :

 

«S’il est un lieu de la terre où aient place tous les rêves des vivants, depuis les premiers jours où l’homme commença les songes de l’existence – c’est l’Inde. Elle se voit encore y ajouter quelques années plus tard cette réflexion qu’elle avait lue ou entendue. L’Inde ? On y reste un mois, on écrit un bouquin. Un an, on n’écrit plus que quelques articles. Au-delà, on n’écrit plus rien. Elle y avait ajouté : on s’y noie.

On ne traverse pas ce foutu pays, il vous traverse et dès qu’on quitte ce gigantesque chaos qui fermente dans ses veines, il redevient un mirage. »

 

« Tous à mastiquer de conserve les mêmes lieux communs : le Taj Mahal, la plus grande démocratie du monde, le yoga, la médecine ayurvédique, le Kâmasûtra, Auroville, le Rajasthan, les ghats de Bénarès, la soie, Bollywood, Gandhi, la Mère Teresa et bien évidemment, la misère. C’est tout ce qu’ils ont à dire sur un pays dont les habitants, plus d’un milliard tout de même, parlent mille six cent langues et dialectes, honorent trente millions de dieux et qui pour survivre, ont développé un incroyable art du recyclage. »

 

Mélanie Talcott a autre chose à dire de l’Inde et elle ne s’en prive pas.

 

Je ne vais pas vous mentir :  Goodbye Gandhi n’est pas une lecture facile. Je ne veux pas dire que l’écriture en est ardue, le style compliqué, non, c’est le sujet qui rend cette lecture difficile. Difficile au sens d’une lecture qui questionne, qui perturbe, qui ne laisse pas indifférent et qui m’a demandé de faire des pauses.

 

Le roman  Goodbye Gandhi interroge, questionne et l’on n’a pas forcément envie d’entendre les réponses qu’il nous donne.

 

Si pour vous, l’Inde, c’est le Taj Mahal, le Kâma-Sûtra, Gandhi, le film avec Ben Kinsley, le poulet au curry, les nan au fromage, la méditation et le hatha yoga, vous allez vous prendre une sacrée claque dans la figure.

 

En revanche, si pour vous, l’Inde, ce sont des petites filles tuées à la naissance ou avant même d’être sorties du ventre de leur mère, génocidées, si pour vous, l’Inde, c’est une jeune femme violée et torturée devant son petit ami, dans un bus, par des hommes rendus fous de frustration sexuelle, si pour vous l’Inde, c’est un système de castes immuable, des tanneurs utilisant des produits toxiques sans la protection la plus élémentaires, si pour vous, l’Inde, c’est « Slumdog millionnaire », le livre, pas le film, alors, vous allez aussi vous prendre une claque dans la figure

 

Goodbye Gandhi, qu’est-ce que c’est ? On peut dire que c’est un roman policier mais, ce genre n’est qu’un prétexte pour explorer la démesure et les contradictions de ce pays de la taille d’un continent

 

Il s’agit pourtant bel et bien d’une enquête. Trois policiers, deux Indiens et une métisse enquêtent sur le meurtre de Monique Duchemin, une Française, qui œuvrait dans l’humanitaire depuis des décennies et que l’on a retrouvée morte. Une mort suspecte, déguisée en suicide. Dans des allers retours entre passé et présent, nous allons découvrir le parcours de cette femme pleine de contradictions qui, un jour, a mis le doigt dans un engrenage et n’a jamais pu ni souhaité en sortir.

 

Goodbye Gandhi, c’est l’histoire d’une vengeance, la vengeance de ceux qui courbent habituellement l’échine, qui se laissent faire, qui subissent.

Je ne veux pas trop en dire.

 

Ce que je souhaite pointer, c’est qu’il y a bien un style Mélanie Talcott. Un style cash qui vous emmène là où il veut vous emmener même si vous ne souhaitez pas vous y rendre.

 

L’exercice est difficile. Parler de tourisme sexuel, de pédophilie, dénoncer la responsabilité de tout un chacun dans l’état du monde et la misère à laquelle sont réduits certains n’est pas si simple. On peut vite sombrer dans le misérabilisme et au final, fatiguer le lecteur. Le jeu consiste à ne pas céder à cette facilité et à une sorte de voyeurisme qui plairait aux pervers. Elle parvient à relever le défi.

 

A tel point, qu’en lisant ce livre, je me suis demandé s’il était bien de parrainer un enfant comme j’ai commencé à le faire il y a quelques mois. Je me suis demandé si l’argent que je donnais allait bien là où il était promis qu’il aille. Je me suis interrogée sur l’humanitaire, sur ses dérives. Ce n’est pas la première fois, bien sûr, mais j’avais des munitions en plus pour le faire.

 

Si vous avez envie d’être secoué(e), désarçonné(e), pincez-vous le nez et plongez dans Goodbye Gandhi.

 

Qui est Mélanie Talcott ?

 

J'ai découvert cet auteur sur Facebook, au fil de posts publiés sur mon fil d'actualités. J'ai été intriguée par le titre de son livre et j'ai eu envie de savoir ce qu'il y avait derrière ce titre.

 

Au travers de ce que j'ai pu lire de Mélanie, de ce que j'ai pu lire sur Mélanie, de ce que j'ai pu entendre à son sujet, se dessine une personnalité très forte, une femme qui n'a ni sa langue, ni sa plume dans sa poche. Elle est également, elle me corrigera, s'il le faut, féministe dans le sens où elle défend la condition féminine, la place des femmes dans le monde.

 

Je pense que la meilleure façon d'approcher la personnalité de cet auteur est de lire la fausse interview qu'elle s'est accordée à elle-même. Caustique.

 

Un petit extrait :

 

"– Vos livres se vendent bien ?

– Vous êtes mieux placé que moi, pour le savoir, non ? Auteur inconnu, éditeur inconnu… Double peine pour la promotion et si en plus, vous ajoutez mon trou du cul du monde ! Je l’ai envoyé à tout ce qui est censé faire chavirer le monde des lettres en France, télé, radio, presse écrite. J’ai fait un tri tout de même… Silence sur toute la ligne. Je ne saurai sans doute jamais s’ils ont reçu ou non, chacun accompagné d’une lettre personnelle, leur exemplaire !"

 

La totalité de l'interview est ici : écrire, c'est cesser d'être écrivain

 

De nombreuses références apparaissent lorsque l'on tape le nom de Mélanie sur Google, preuve que malgré le silence assourdissant des éditeurs, elle a réussi, par son travail et ses prises de position à retenir l'attention de nombreuses personnes et surtout, à trouver des lecteurs, peut-être pas autant qu'elle le souhaiterait mais qui sait ce que l'avenir lui réserve. En tout cas, je lui souhaite d'en avoir de plus en plus.

 

Ils ont lu Goodbye Gandhi et l'ont apprécié :

 

Un excellent thriller, un tsunami de mots

Babelio

Booknode

le coin de Dominique

hiverminimus

 

Si vous souhaitez écouter Mélanie, une autre façon de découvrir un auteur, c'est par ici. Cash, je vous l'ai déjà dit !

 

extrait de le lire le dire, qui date de 2013

 

Un article coup de gueule

 

Un extrait : "Que le propos soit politique, littéraire ou de divertissement, d’un plateau de télé à l’autre, d’une chaîne à l’autre, on a actuellement l’impression d’aller toujours au même fast-food didactique. Les mêmes invités, les mêmes incontournables personnalités, les mêmes spécialistes, les mêmes artistes, la plupart à l’âge ancré dans celui de leurs succès d’il y a quatre décennies, le même discours et le même objectif : réunir ce qui est épars pour progresser ensemble afin d’acquérir une vision plus claire et plus précise du sujet traité."

 

De la littérature et de son commerce

 



19/07/2015
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