Sandra Ganneval, l'autoédition, le choix de la liberté

Elever des rebelles

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Bon, toi qui es de passage sur mon blog, prends-toi une boisson fraîche Sourire , ne t'impatiente pas parce que cet article est long et peut-être un peu chiant Clin d'œil Je parle de politique, de réchauffement climatique, d'une jeune fille qui pense en dehors de la boîte et de crash, entre autres. Bonne lecture aux courageux !

Le 23 juillet 2019, nos députés ont ratifié le CETA, le traité de libre-échange entre l’Europe et le Canada déjà ratifié à 90% par l’Union Européenne depuis 2017. Un traité dénoncé par certains politiques, par des associations écologiques, par des syndicats, par des agriculteurs.

En ces temps de réchauffement climatique, le CETA correspond à tout ce qu’il ne faut pas faire en matière d’environnement, on va importer ce dont on n’a pas besoin puisqu’on le fait déjà chez nous, mieux et plus sainement comme la viande bovine, par exemple (et la France n’est déjà pas un modèle de sainteté dans ce domaine).

Ce traité pose problème en matière de transports et de tout ce que cela implique en termes de pollution et puis, surtout, la crainte énorme, c’est le pouvoir supplémentaire que ce traité accordera aux multinationales : une multinationale pourra faire un procès à un Etat si celui-ci refuse qu’elle vende sur son territoire certains produits ou décide d’en réguler la vente d’une façon ou d’une autre. « Le CETA prévoit qu'en cas de désaccord avec la politique publique menée par un Etat, une multinationale peut porter plainte auprès d'un tribunal spécifique, indépendant des juridictions nationales, contrairement à ce qui est en vigueur actuellement par exemple en France (une entreprise porte plainte devant la chambre arbitrale internationale de Paris). Des craintes se sont exprimées vis-à-vis de ce mécanisme qui pourrait affaiblir le pouvoir régulateur des Etats membres, éveillées notamment par des précédents, comme la plainte de Philip Morris à l'encontre de la politique anti-tabac uruguayenne. » (1) Pour info, l’Uruguay a gagné (2).���

Comme j’attendais, espérant sans trop y croire, un vote contre, je guettais un peu les infos le 23 juillet et j’ai appris que Greta Thunberg (3) avait été invitée à l’Assemblée Nationale et qu’elle devait intervenir avant le fameux vote, pour parler du réchauffement climatique.

Des députés ont refusé d’aller entendre son discours. Un argument revenait : Greta a arrêté l’école et, en faisant cela, elle donne un mauvais exemple aux jeunes filles de 16 ans. Oui, Greta a 16 ans, c’est donc une adolescente mais dans son discours, elle s’inclut dans un « nous, les enfants » qui revient en leitmotiv.

L’argument scolaire m’a interpellée. Elle a 16 ans, ce qui représente la fin de l’obligation scolaire dans notre pays.

Cette jeune fille engagée représenterait un bien mauvais exemple car de nombreuses jeunes filles n’iraient plus à l’école afin de la suivre. Je croyais que, à travers le monde, les filles étaient peu ou pas scolarisées pour des raisons économiques, culturelles, religieuses, voire même parce que leur famille n’avait pas les moyens de leur acheter des protections périodiques mais je ne pensais pas que cela pouvait être à cause de Greta Thunberg.
 
Cela fait un an que Greta milite activement et je pense qu’elle a acquis, en matière de communication, plus de compétences que n’en acquerront jamais certaines personnalités publiques. Par ailleurs, vu sa notoriété, si on ne doit parler que sur le plan financier, elle n’aurait aucun mal à créer une fondation ou une association, à récolter des fonds ; si, aujourd’hui, elle écrivait et publiait un livre, elle n’aurait aucun mal à le vendre, elle est suivie par des centaines de milliers de personnes sur les réseaux sociaux. Donc, même si elle a interrompu son éducation scolaire, il ne me semble pas qu’elle aura du mal à s’insérer dans la vie professionnelle, elle me paraît, au contraire, parfaitement armée pour cela. Quant à s’éduquer, à l’ère du numérique, il serait temps que l’on se réveille et que l’on reconnaisse enfin que l’on peut aussi se former sans passer par la case école.

Pour certains, elle n’aurait donc rien à faire sur la scène politique, sa place serait sur les bancs de l’école et elle ferait mieux d’y retourner. Cette gamine n’aurait rien à montrer aux adultes qui savent mieux qu’elle ce qu’il y a à faire et puis, ils s’en occupent, du réchauffement climatique.

Sauf qu’ils ne s’en occupent pas et que Greta Thunberg s’est lancée dans ce combat parce qu’elle doute d’avoir un avenir.

L’accueil de Greta Thunberg à l’Assemblée Nationale m’a fait penser aux manifestants écologistes pacifistes bloquant le pont de Sully à Paris, le 28 juin 2019, des CRS leur ont balancé, à bout portant, du gaz lacrymogène dans les yeux. Ils manifestaient contre l’inaction de l’Etat face au réchauffement climatique. Cela a créé une polémique. (4)

En revanche on déroule le tapis rouge pour Greta Thunberg lors des questions de l’Assemblée Nationale parce que… parce que quoi ? Parce qu’elle est jeune ? Parce qu’elle est atypique ? Parce que l’on aime les rebelles quand ce sont des ados que l’on estime inoffensifs ? Parce qu’elle est autiste ? Parce qu’elle est un phénomène dont les médias ont plaisir à s’emparer ? (5)

J’ai regardé « C dans l’air » ce même jour, dans la soirée, et le présentateur demandait à ses invités pourquoi Greta était devenue un tel phénomène, pourquoi elle était autant médiatisée. (6)

Probablement pour toutes les raisons ci-dessus et surtout parce qu’il y a une histoire à raconter, une histoire extraordinaire dont on pourrait faire un roman : une jeune fille décide de faire la grève de l’école pour inciter les politiques à prendre leurs responsabilités et à prendre des mesures contre le réchauffement climatique, et elle arrête l’école, et elle part en campagne, et elle est blonde, et elle est menue, et elle a cet air un peu étrange (elle me fait penser à La Joconde avec son sourire énigmatique), ce regard fixe, et elle est autiste, et elle rencontre tous les « grands » de ce monde… une vraie histoire. Il est plus intéressant sur un plan médiatique de parler de cette jeune fille que de donner la parole aux scientifiques qui nous alertent depuis des années.

Ce qui se passe en ce moment montre à quel point nous sommes irrationnels, nous les humains.

Dans l’un de ses essais, Malcolm Gladwell explique comment se produisent les crashs d’avion et comment on fait pour les éviter. Il évoque un pays asiatique pour lequel on a constaté un taux élevé de crashs, lorsque l’on analyse les boîtes noires, on s’aperçoit que le co pilote savait que l’avion allait crasher et en a averti le pilote mais, le problème c’est que dans la langue maternelle qu’ils utilisent, la hiérarchie est fortement marquée et que l’inférieur doit s’adresser à son supérieur d’une certaine façon, il ne peut élever le ton, il ne peut se montrer agressif et alarmiste, du coup le co pilote fait effectivement passer le message du danger mais sans les éléments qui devraient faire prendre conscience au pilote qu’il y a effectivement danger et qu’il faut agir là, tout de suite. (7)

Je vois Greta un peu comme ça pour les médias, les politiques qu’elle rencontre à travers le monde, le fait de vouloir lui donner le prix Nobel de la paix, on l’entend mais ses paroles n’ont pas le poids qu’elles devraient avoir et pourtant elle martèle ses arguments. Sa parole n’a pas plus de poids que celles des scientifiques qu’elle ne fait que reprendre, face aux politiques et surtout, face aux industriels, parce que, ne nous leurrons pas, ce sont eux les décideurs.

Les lanceurs d’alerte sont nécessaires, on a besoin d’eux mais il est si facile de les faire taire, de ne pas les écouter, de les ridiculiser, l’une des façons de faire est de les écouter et puis de continuer sur la même lancée, les chiens aboient, la caravane du profit à court terme passe.

Et pourtant, malgré l’immobilisme dont ils font preuve, Greta Thunberg met les politiques face à leurs contradictions et c’est peut-être pour cela qu’elle a été invitée à l’Assemblée Nationale, elle ne les indiffère pas, au contraire, elle les interpelle et les met face à leur incompétence et à leur manque de volonté d’agir. Tous les députés auraient dû être présents à son discours au lieu de le boycotter. Elle a posé une question capitale : avez-vous lu le rapport du GIEC sur le climat ? S’ils l’avaient lu, ils n’auraient pas ratifié le CETA et s’ils l’ont lu et qu’ils l’ont ratifié quand même, c’est qu’ils sont inconscients ou guidés par le profit ou les deux.

Greta Thunberg ne se déplace pas en avion, elle privilégie le train, elle compte aller aux Etats-Unis en bateau.

Avez-vous vu cette vidéo dans laquelle les ministres sont interrogés sur le fait que tandis qu’ils assistent au conseil des ministres, leur chauffeur laisse tourner le moteur de leur (notre puisque payée par nos impôts) grosse voiture climatisée (8) ? Il leur paraît inconcevable de faire quelques centaines de mètres à pied ou quelques kilomètres en vélo pour se rendre au Conseil des Ministres et ils l’expriment avec un cynisme qui dit à quel point ils sont au-delà des contingences bassement matérielles qu’impliquent la préservation de notre environnement. Etre ministre, faire partie du gouvernement, c’est un privilège, on est dans une démocratie monarchique comme le dit Edwy Plenel et il est normal que ceux qui nous gouvernent aient aussi le privilège de polluer alors même que le sujet, ce jour-là, au conseil des ministres était l’écologie.

Qu’est-ce que l’on peut faire nous, citoyens lambda, quand on ne nous demande pas notre avis à propos de choses qui nous concernent pourtant directement (oui, nous sommes là et encore vivants, vous avez remarqué ?) ?

Qu’est-ce que l’on peut faire quand on voit que les personnes à qui nous avons donné notre pouvoir ne l’utilisent pas dans notre intérêt ?

Il y a quelque temps, je me faisais la réflexion que nous n’avions pas envie d’élever des rebelles. Nous détestons que nos gosses se rebellent. Nous sommes plein de contradictions en tant que parents, nous voulons qu’ils nous obéissent mais nous voulons qu’ils aient du caractère, nous voulons qu’ils ne se laissent pas faire mais nous ne voulons pas que le maître ou la maîtresse nous disent qu’ils n’écoutent pas, qu’ils sont dissipés en classe, nous voulons des moutons déguisés en loups, juste les oreilles de loup sur la face du mouton, en fait. Et c’est ce que le monde veut de nous, on peut râler, se plaindre et puis, finalement, on baisse les bras, fatalistes, on relativise et on laisse faire comme ces co-pilotes qui laissent l’avion crasher parce que c’est le pilote qui détient le pouvoir de décision, c’est lui qui donne les ordres.

J’ai toujours rêvé de travailler dans une entreprise autogérée, où tout le monde se sentirait responsable au même niveau, où il n’y aurait pas de chef, de dirigeant, de leader charismatique.

Je pense que l’on devrait abandonner une bonne fois pour toute le mythe de l’élu.e dont on nous rebat les oreilles depuis des siècles. Il n’y aura pas de sauveur, il n’y aura pas de sauveuse. Il n’y a pas d’élu.e. Greta Thunberg ne nous sauvera pas. Nous devons nous sauver nous-mêmes.

1.https://www.touteleurope.eu/actualite/qu-est-ce-que-le-ceta.html
2.https://fr.wikipedia.org/wiki/Philip_Morris_v._Uruguay
3.https://fr.wikipedia.org/wiki/Greta_Thunberg
4.https://www.bfmtv.com/politique/manifestants-ecologistes-gazes-a-paris-de-rugy-ne-condamne-pas-mais-appelle-a-voir-la-video-en-entier-1722822.html
5.https://youtu.be/5VRdrXx3RCw
6.https://youtu.be/gYwN-EMalzA
7.https://15marches.fr/management/no-mitigation
8.http://www.divertissonsnous.com/2019/06/28/francois-ruffin-clashe-les-ministres-et-leurs-deplacements-en-voiture-pendant-la-canicule/

 

 

 

 

 

 

 

 



27/07/2019
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