Sandra Ganneval, l'autoédition, le choix de la liberté

"Comment gagner votre vie en écrivant", Johanna Penn, édition indépendante, traduit par Cyril Godefroy, 2016

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Bonjour à tous ! Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir sur mon blog Cyril Godefroy, que beaucoup d'indépendants connaissent. Son site est une mine d'informations. Il réalise régulièrement des podcasts, interviews d'auteurs indépendants, qui nous permettent d'apprendre de quelle façon ils travaillent, quelles sont leurs motivations, leurs stratégies, en résumé de bénéficier de leur expérience. Et, bien sûr, un podcast, c'est l'occasion de mettre une voix sur un nom et parfois, sur un visage !

 

Cyril publie actuellement sur son site les résultats d'une enquête qu'il a réalisée auprès des indépendants afin, justement, de mieux les situer.

 

Il a récemment traduit l'ouvrage de Johanna Penn, auteure anglo saxon indépendante à succès qui explique en détail les différentes techniques qui lui ont permis de gagner sa vie en écrivant. Ce livre est disponible en plusieurs formats dont le format audio sur audible, c'est la version que j'ai choisie. Eh, oui, j'aime lire des histoires mais j'adore que l'on m'en raconte !

 

Allez, c'est parti, sans perruque jusqu'à la dernière question :) !

 

Bonjour, Cyril, merci de m’accorder un peu de ton temps. Je suis très contente de t’accueillir sur mon blog et de donner l’occasion de te connaître un peu mieux, toi qui prends le temps de rencontrer les indés et de leur donner un espace de parole sur ton site.


Cyril, si je dis que tu es, en quelque sorte, tombé dans le chaudron de l’autoédition comme Obélix est tombé dans le chaudron de potion magique, j’ai raison ou pas ?

Oui et non. Mon père était éditeur, et je continue à publier ses livres. Mais éditeur en vente par correspondance, en dehors du circuit classique des librairies.


J'ai aussi travaillé dans des circuits proches de l'édition : le multimédia notamment, mais plus dans la partie production. Surtout, je suis indépendant depuis 2004, et j'ai édité des sites web, des applications sur iPhone et iPad plus récemment, jusqu'en 2012. J'évoluais dans le milieu des indés pour ce qui est des applications iPhone.


J'ai aussi publié mes premiers livres en autoédition en 2007 : un four ! Heureusement, j'utilisais déjà l'impression à la demande, je n'ai pas fait des gros tirages.

Avec l'autoédition, j'ai retrouvé l'esprit indé qui a disparu du secteur des applications, ce mélange d'esprit pionnier, confraternel et optimiste qui fait qu'il est sympa de se retrouver, excitant d'échanger.

Et avec mon bagage marketing et technique, j'ai l'opportunité d'apporter un regard différent des auteurs de fiction. On se complète bien.

J’ai lu, écouté, en réalité, car j’aime beaucoup les livres audios – cela me rend la corvée du ménage un peu moins désagréable :) – ton livre « Comment gagner votre vie en écrivant », traduction du livre de Joanna Penn. J’ai trouvé ce livre passionnant. Il ne dit pas forcément des choses nouvelles mais il est très clair et précis et le ton de ta voix, à la fois posé et déterminé donne envie de passer à l’action. Cet ouvrage parle de la nécessité pour un auteur qui veut vivre de ses écrits de se bouger et d’agir sur plusieurs fronts. Tout d’abord, pourquoi avoir choisi de traduire ce livre de Johanna Penn plutôt que celui d’un autre auteur anglo-saxon, consacré au sujet ?

Il y a pas mal d'auteurs et de marketeurs qui partagent leurs expériences dans le monde anglo-saxon. Entre les formations, les ebooks, les séminaires, les podcasts, on ne peut pas dire qu'on manque de contenu. Et ils ont quelques années d'avance sur nous, ce qui permet de les observer comme on observe le futur, incertain et brumeux.


J'ai découvert Joanna par un de ses livres que j'ai acheté en coffret avec d'autres. Pas par son blog ou son podcast. Et j'ai vu qu'elle avait développé une expérience assez marquante au cours des années. Rien que son podcast, elle en est déjà à l'épisode 287. 287 entretiens avec des auteurs, des éditeurs, des professionnels de l'édition numérique… J'en suis à peine à 40 podcasts, et je suis toujours loin d'avoir vu tous les aspects de l'autoédition que je voudrais aborder.


En plus elle est auteur en livres pratiques et en fiction. Avec plus d'une douzaine de livres en fiction commerciale, et une dizaine en livres pratiques. En termes d'expertise générale elle est idéalement placée.

Elle fait un rapport annuel sur ses revenus, et elle gagne la très grande majorité de ceux-ci de ses livres (et droits rattachés), pas du marketing de l'autoédition : elle est authentique.

Je sais d'expérience que quand on veut réussir dans une activité, le mieux est de trouver un modèle et d'émuler son succès, à sa propre manière. Et Joanna est un modèle qui me plait : passionnée, exigeante, à la croisée entre fiction, pratique, thriller et développement personnel.


Quelqu'un d'humain aussi, qui doit affronter ses limites et les surmonter, et cela transparait aussi dans la manière dont elle s'exprime.

Je l'ai contactée par email, et on a assez rapidement constaté qu'on était sur la même longueur d'onde. Force est de constater qu'en plus notre coopération (on est à 50/50 sur ses livres, 2/3-1/3 sur le livre audio) fonctionne pas mal. Évidemment, elle a été dans la liste des best-sellers de USA Today, quand moi je n'ai pas écrit un seul livre de fiction, donc m'appuyer sur ses épaules me permet d'aller plus loin.

Les informations qui sont données dans le livre, en termes de sites ressources, concernent en majorité le marché américain, cela signifie qu’il y énormément à faire sur le marché français… Peux-tu développer ?

Le marché français est toujours très conservateur, et les barrières contre le numérique ou le développement de l'autoédition sont toujours hautes.


A notre niveau, nous sommes tous pleins d'initiatives, et nous pouvons passer beaucoup de temps et d'effort à les concrétiser. Mais culturellement et historiquement, nous avons aussi du mal à accepter l'édition commerciale. L'édition est "littéraire" en France. Ce qui va à l'encontre des démarches commerciales.


Surtout, il ne faut pas oublier la différence de mesure des marchés anglo-saxons et francophone : 300 millions d'américains, les britanniques, les canadiens anglophones etc (n'oublions pas l'Inde !).


Je ne dis pas qu'ils ne vivent pas aussi la dichotomie entre édition littéraire et édition commerciale aux États-Unis. Il y a toujours un circuit littéraire, avec ses formations, ses MFA etc. Mais le circuit commercial est plus vivace. Or c'est celui-ci qui multiplie les initiatives, les opportunités. Et où l'on voit les succès crever l'écran.


Quand en France on voit enfin en 2014 des universités proposer des formations d'écriture narrative dont l'objectif n'est pas les Lettres, elles existent depuis les années 60 aux États-Unis.


Et 4 ans après le boom de l'autoédition déclenché par l'ouverture de KDP en France, on peut compter le nombre de sites  de référence qui n'existent plus ou ne sont que l'ombre de ce qu'ils ont été. La ruée vers l'or est passée, pourra-t-on maintenant professionnaliser cette activité ?

Quels conseils donnerais-tu à un auteur indépendant à part acheter ton livre, bien sûr ?

Premier conseil, faire attention aux requins de l'édition à compte d'auteur. Leur miroir aux alouettes est bien rôdé. Or les contrats qu'ils font signer sont juste monstrueux et peuvent aliéner leurs droits. Si vous devez payer pour éditer votre livre, vous n'êtes pas tombé sur le bon partenaire.

Toujours se consacrer à ce qui marche pour eux, et à construire et développer leur lectorat. Il y a plein d'outils pour le faire, et les outils sont plus ou moins efficaces selon ce qu'on veut faire. Avec l'expérience, on sait mieux quels outils utiliser pour atteindre un objectif.


Le lectorat est ce qui donnera à un auteur la visibilité dont il a besoin. Aussi bien dans les boutiques en ligne que dans le bouche à oreille.

Développer aussi leur réseau avec d'autres auteurs qui ont les mêmes aspirations qu'eux. Nous avons la chance de nous serrer les coudes et de ne pas nous marcher sur la tête les uns des autres. Il faut continuer à le faire. Car c'est ainsi qu'on peut saisir des opportunités, progresser dans sa carrière, trouver les canaux de promotion qui ont de l'intérêt.

J’ai vu que, ces derniers temps, tu « défendais » pas mal Kobo qui est un peu boudé par les indés, il me semble. Quel intérêt y-a-t-il selon toi à être sur cette plateforme ?

Il y a plusieurs intérêts : d'abord, à partir du moment où on commence à sortir de la phase débutant, étendre son lectorat sur d'autres plateformes, et Kobo est loin d'être inintéressante pour un auteur de fiction. Pour un auteur de livres pratiques comme moi, c'est moins rose. Kobo est associé à la Fnac, et cela vous apporte du vernis et une plus grande visibilité. Quand quelqu'un vous dit "mais il est où ton livre ?", vous pourrez ainsi répondre : "tu le trouveras en version numérique à la Fnac, ou chez Amazon".

Ensuite, je regarde les trois principaux vendeurs, et Kobo est plus ouvert qu'iBooks. Je n'ai jamais réussi à rentrer en contact avec quelqu'un de chez Apple, malgré mes demandes répétées, alors que l'équipe Kobo est ouverte à la discussion.

Pour les lecteurs, le format proposé par Kobo et la manière dont il est proposé est le meilleur : on peut facilement télécharger son livre ailleurs que sur sa liseuse. J'ai travaillé sur des CD-Rom multimedia qui étaient super à l'époque, mais sont inutilisables aujourd'hui. Cela me désole. Le format du Kindle est propriétaire, et les livres achetés sur iBooks irrécupérables. Et ne me demande pas si je mets des verrous numériques sur mes livres. Pour moi, c'est faire insulte au lecteur que de mettre de tels verrous (qui en plus sont contournés systématiquement).

Quant à être boudé, non, je ne le pense pas. Kobo est moins attrayant qu'Amazon Kindle et KDP Select notamment. Les efforts nécessaires sont plus à long terme. Il s'agit uniquement de flemme ;-) Et à tous ceux qui remercient Amazon de leur avoir mis le pied à l'étrier, je dis oui, ils ont raison. Il ne faut pas qu'ils oublient toutefois qu'in fine ce sont les lecteurs qui comptent.

Pour nuancer mon propos, je rappelle toujours mes chiffres de vente sur Kobo, malgré ma bonne volonté et celle de Kobo Writing Life : un quart de ce que je vends sur Kindle. Un quart de ce que je vends sur iBooks aussi. Ce qui ne reflète que mon cas particulier.

Et pour nuancer la bouderie, regarde qui est en tête des ventes aujourd'hui sur Kobo : Julie de Lestrange, un an après avoir eu du succès sur Kindle.

J’aimerais qu’on parle de livres audios. Dans ton livre, il y a un passage passionnant sur les livres audios. Joanna Penn encourage vivement les auteurs indépendants à conserver leurs droits audios et à se lancer dans la création de livres audios. Selon toi, cela vaut-il pour les auteurs français ?

J'ai écrit quelques articles sur les livres audio autour de mars-avril 2016, quand j'ai rencontré l'équipe Audible et enfin réussi à signer un contrat de distribution avec eux.

Les auteurs ne voient souvent leur livre que comme le produit fini, papier. Mais ce qu'ils créent est de la propriété intellectuelle qui peut être déclinée de différentes manières : ebook, livre papier, audiobook, version française, traductions, droits audiovisuels etc.

Tous les indépendants doivent concéder des droits strictement pour la version pour laquelle ils trouvent le bon partenaire : un éditeur pour la version papier, un studio pour la version audio, eux-mêmes pour la version numérique. Et pour une période donnée, et a priori "courte" de 5 ans.

D'abord il ne sert à rien de concéder des droits à un partenaire qui ne les exploite pas vraiment, et se contente de s'asseoir dessus pour le jour où cela deviendra intéressant. Ensuite, un éditeur papier n'est pas forcément le meilleur partenaire pour vendre des livres audio, sauf s'il est dans la sphère Hachette-Albin Michel/Audiolib par exemple ou Gallimard.

Malheureusement, il nous manque en France la place de marché pour fluidifier les échanges entre auteurs, narrateurs et studios. Et je ne parle pas de la distribution, qui est anémique. Seul Audible fait des efforts aujourd'hui.

Mais je sais que quelqu'un qui veut faire des livres audio et les vendre peut y arriver. J'en suis un exemple, sans exagération.

Nous offriras-tu un jour un tutoriel sur la création d’un livre audio en France ?

J'attends d'abord la création d'une telle place de marché. Le modèle d'ACX aux États-Unis, qui est devenu une sorte de Kindle Direct Publishing pour les audiobooks ne nous est malheureusement pas accessible. Et si j'ai réussi à signer un contrat avec Audible, cela a pris du temps. J'avais la chance d'arriver avec un catalogue intéressant pour eux et comprenant déjà plusieurs titres. Je ne suis pas sûr qu'un indépendant aurait la même opportunité.

En tout cas, une clé pour produire de bons livres audio : trouver les bons narrateurs. Comme l'écriture, c'est un métier d'artistes.

Quelle est la question que tu aimerais que l’on te pose lors d’une interview ?

Bon, je fais quoi pour avoir une promotion avec eBookGang ?


eBookGang, il faut le savoir, est mon projet préféré : un moyen (parmi d'autres) de faire se rencontrer des lecteurs avec des livres. Ici c'est par le biais de la promotion (en prix) des livres numériques.

Dans la visibilité d'un livre, l'aspect promotionnel a un code qu'il est aujourd'hui difficile de casser pour un auteur indépendant. Impossible d'accéder aux campagnes de publicité d'une maison d'édition parisienne. Facebook n'est pas encore très pertinent non plus.

Avec eBookGang, je cherche à avoir le contact avec les lecteurs les plus consommateurs, ceux qui dévorent des dizaines de livres par an, et à faire le lien avec les auteurs et les livres qu'ils vont aimer. Le site eBookGang existe déjà, les emails de promotion quotidiens m'ont prouvé que des lecteurs étaient intéressés et achètent ces livres. Après c'est un problème de volume : trop peu de promotions, trop peu de personnes inscrites. La persévérance est une qualité que je développe chaque jour avec ce service.

Quelle est la question que tu détesterais que l’on te pose ?

Où en es-tu de ton roman ?

J'ai écrit un premier ouvrage de fiction. Et je l'ai fait relire par un éditeur littéraire pour qu'il mette le doigt là où ça fait mal. Et le bilan, sans être dramatique, était négatif.

Je pense que j'étais un peu optimiste en pensant qu'il me prendrait un an. Et comme je suis quelqu'un qui adore me lancer dans des projets, j'en ai plein d'autres qui ont pris le devant de la scène. Or pour arriver à son objectif, il faut être focus sur celui-ci.

Je m'égare donc dans des domaines où je me sens plus à l'aise, au lieu de me concentrer sur ce que je veux obtenir.

Je déteste que l'on pointe du doigt mes faiblesses, comme tout le monde…

Quel est ton but en étant aussi actif auprès des indépendants ? Qu’aimerais-tu accomplir qui marquerait dans le domaine de l’édition indépendante ? Dans ce domaine en plein développement, t’es-tu fixé un objectif à atteindre absolument avant de passer l’arme à gauche ?

Mon objectif est avant tout de faire profiter le plus de personnes possible de ce que je sais, et d'accompagner des gens de leurs premiers pas à une expertise qui dépasse la mienne.

J'adore lire, dans des genres plutôt commerciaux, et j'adore l'indépendance équilibrée. L'autoédition est à la croisée de ces chemins et de ces aspirations.
Il m'a fallu des années à convaincre ma femme de devenir indépendante, mais j'y suis parvenu, et elle adore ça, même si cela signifie aussi renoncer à plein de choses. J'aimerais que tous les auteurs indépendants puissent arriver à atteindre leurs objectifs.

Et évidemment, avoir des dizaines de livres de fiction que les gens ont plaisir à lire et qui les aident (parce que la littérature commerciale a aussi un intérêt moral).

Et la question à laquelle nul.le n’échappe sur ce blog ? Si tu étais un super héros ou une super héroïne ? Oui, Cyril, tu peux remettre la perruque

Wonder Woman. Mais en blonde.

 

Merci, Cyril :) !

 

Pour en savoir plus, je vous invite à visiter les sites suivants :

 

http://autoediteur.com/7/

http://cpositif.com/author/cpositif/

http://ebookgang.fr/

 

Biographie de Cyril sur sa page Amazon :
 
Cyril Godefroy est auteur et éditeur. Son site est http://autoediteur.com/7/

Il a publié ses premiers livres en autoédition en 2007 sur Lulu, vendant les versions ebook PDF
sur son site.
Il a consacré plusieurs années à éditer des applications pour iPhone et iPad.

Depuis 2013, il est responsable des éditions du Club Positif, éditeur depuis 2001 d'ebooks
de développement personnel, de copywriting et de marketing de l'édition. Il a publié
plusieurs livres sur Kindle et les autres plateformes, à la fois sous son nom et pour
le Club Positif.

Il a écrit plusieurs livres sur l'autoédition, ainsi que conçu des formations pour la publication
sur différentes plateformes.
 
 

Si cet article vous a plu, vous êtes libre de le partager.

 

 

Mes livres

 

 


26/09/2016
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