Sandra Ganneval, l'autoédition, le choix de la liberté

"Autobiographie d'un croque-mort dyslexique", Pascale Madeleine, édition indépendante

 

 

 

 

J’ai envie de commencer par cette phrase :

 

«(…) la lumière était claire malgré un ciel parsemé de nuages moutonneux à l’aspect de fromage blanc fouetté. »

 

Et j’ai aussi envie de commencer par une définition :

 

 

« Dyslexie, définition du Larousse médical :

 

Difficulté d’apprentissage de la lecture et de l’orthographe en dehors de toute déficience intellectuelle et sensorielle et de tout trouble psychiatrique.

 

Fréquence : la dyslexie touche environ 8 à 10% des enfants, les garçons étant 3 fois plus atteints que les filles.

 

(…)

 

Traitement et pronostic :

 

(…)

 

Les capacités de l’enfant dyslexique (intelligence, don pour les mathématiques, le sport, etc.) doivent être reconnues durant sa scolarité. Lorsqu’elle est diagnostiquée et traitée suffisamment tôt, une dyslexie légère ou moyenne permet une scolarité normale bien que souvent difficile. A l’inverse, une dyslexie sévère ou tardivement reconnue peut être à l’origine de difficultés scolaires importantes et de grands problèmes d’intégration sociale. »

 

Dyslexie, un mot compliqué à écrire pour décrire un mal difficile à vivre, un handicap invisible que l’on s’applique à dissimuler d’autant plus. Un handicap qui provoque la honte.

 

J’ai eu aussi envie de faire cette chronique en déroulant une à une les phrases que j’ai aimées, celles de Louis, le croque-mort dyslexique. Mais, elles sont si nombreuses, trop nombreuses.

 

Louis m’a séduit par la poésie de son langage écrit, à la fois si imagé et si délicat. J’avoue même une déception lorsque le récit n’est plus à la première personne. Je trouve qu’il perd en force, qu’il perd en charme. Je me suis habituée à la parole libérée et libératrice de Louis et j’aurais aimé faire tout le voyage avec lui. L’écrivain a fait un choix et la lectrice que je suis en a été un peu frustrée.

 

Je ne connais pas Pascale Madeleine mais je pense pouvoir dire sans me tromper que c’est une amoureuse de la nature, quelqu’un qui sait sans doute l’écouter, tout comme Louis, son personnage sait si bien l’écouter car la nature parle mais ne juge pas, elle parle mais ne se moque pas. Elle se fout que Louis soit illettré, soit dyslexique.

 

Louis, enfant malheureux, ne parvient pas à apprendre à lire. Et longtemps, il croit et on lui fait croire qu’il est un idiot. Parce qu’il croit qu’il est un idiot, il se fera croque-mort, craignant qu’en laissant passer cette opportunité, aucune autre ne se présente à lui, l’illettré. Il laissera aussi, de même, filer l’amour, par manque de confiance en lui. Absence de confiance née de la honte.

 

Ce livre parle de silence et de solitude :

 

« Je devins celui que ne parlait pas, à qui l’on ne parlait pas. Je devins transparent. Je passais deux ans sans dire plus d’une dizaine de mots. Sans échanger le moindre regard. Mes yeux étaient vides comme ceux des goélands »

 

« Evidemment, j’avais gagné en tranquillité. Puis ce silence devint de plus en plus pesant. Les maux de ventre réapparurent. Les cauchemars aussi. J’avais le sentiment de ne pas exister. Pour les autres. C’est long le temps à l’école, lorsque l’on n’a personne à qui parler. Les journées défilaient. Vides. Sans un mot prononcé. Moi, que mon institutrice de Lozère reprenait à cause de mes bavardages incessants. »

 

Ce livre est plein de philosophie, pas celle faite de phrases alambiquées, une philosophie simple, pratique, qui aide à vivre :

 

« Il est curieux de constater comme les hommes ne résolvent leurs problèmes que dans le sang, souvent. Il faudrait peut-être ne préserver qu’une sorte d’humain. Reste qu’il faudrait déterminer qui pourrait être sauvegardé, et alors à qui reviendrait ce choix. Au fond, tout est question de décision à prendre, et tout dépend de qui prend les décisions… »

 

«(…) il me disait « tu regardes les choses du mauvais côté ! Tu devrais entrer dans l’entonnoir par le trou le plus petit. Ainsi ça s’ouvre au lieu de se rétrécir ».

 

Ce livre est semé d’amour, celui que l’on n’arrive pas à exprimer à haute voix mais qui explose malgré tout, à l’intérieur :

 

« J’étais fier de ma sœur, mais mon handicap m’empêchait de me réjouir ouvertement de ses progrès et je la laissais souvent lire seule, quittant la chambre les larmes dans le cœur. »

 

« J’ai senti comme une douleur au fond de mon ventre. C’est étrange. J’ai eu le sentiment d’accoucher de moi-même. Ma mère me portait. Depuis toujours elle m’a porté, elle s’est inquiétée pour moi. Parce que je ne savais pas lire, elle pensait que je ne pourrais pas me débrouiller dans la vie. »

 

Ce livre parle un peu de cuisine, une cuisine poétique, la cuisine des sentiments :

 

« Le fondant du champignon mêlé à l’acidité délicate du vin et l’âpreté de l’ail. C’est comme mêler la rancœur à l’extase, l’amertume à la joie. »

 

Ce livre nous parle de l’école et de la façon dont elle exclue, de la façon dont elle ne tient pas compte des différences qui l’importunent. Et l’auteur nous dit que l’école d’hier était aussi violente que celle d’aujourd’hui.

 

« J’ai toujours peur de déranger. » écrit Louis. N’ayez pas peur de le déranger, surtout, n’ayez pas peur de le lire, il lui a tant coûté de mettre sa pensée en mots.

 

L'auteur :

 

Hier, Pascale Madeleine était enseignante spécialisée, et travaillait avec des "loulous" un peu cassés.   

 

Aujourd'hui elle écrit. Elle écrit sur les accidents de la vie, les histoires familiales. Ses personnages sont paumés, cassés, parfois déjantés et nous ressemblent souvent. Les histoires de l'auteur sont toujours empreintes d'humour et de tendresse.

 

Ils ont lu et apprécié Autobiographie d'un croque-mort dyslexique

 

actu-monyclaire.com

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22/08/2015
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