Sandra Ganneval, l'autoédition, le choix de la liberté

David Forrest


 

Bonjour, à tous ! J’ai l’honneur aujourd’hui de recevoir, sur mon blog, David Forrest.

 

David Forrest est connu pour être le premier auteur indépendant français à avoir cartonné (n’ayons pas peur des mots) sur Amazon. Je vous renvoie (entre autres) à un article et une vidéo sur enviedecrire.com.

 

Il est aussi graphiste et, c’est par ce biais que je l’ai rencontré puisqu’il a relooké toutes mes couvertures ou presque.

 

Discret, modeste mais cash et sans concessions, c’est ainsi qu’il m’apparaît lors de nos échanges. J’espère qu’il ne m’en voudra pas de le définir ainsi.

 

Avec lui, j’ai découvert les éléments qui faisaient une bonne couverture. Des concepts qui ne vont pas de soi, et avec lesquels j’ai encore, parfois, un peu de mal à être en accord de façon spontanée. Ce sera, je pense, à la lecture de cet article, le cas de bien des auteurs indépendants. Mais, j’ai compris deux choses en confiant mes couvertures à David : graphiste, c’est un métier et créer une couverture, c’est un art.

 

1. Bonjour, David, pouvez-vous vous présenter ?

 

Mal, sans doute, mais allons. Disons qu'à la ville, je suis journaliste depuis plus de 25 ans, dans la presse audiovisuelle. C'est sans doute là que j'ai pris le goût de la plume et appris le graphisme et les codes visuels qui m'ont amené il y a quelques années à deux autres activités : écrire et me lancer dans kouvertures.com, une prestation de création de couvertures pour les autoédités.

 

2. Quand vous regardez les couvertures faites par des amateurs, quelles sont, selon vous, les erreurs les plus courantes ?

 

Cela va sans doute vous choquer, mais un auteur est le plus mal placé pour juger de sa couverture. La raison en est toute simple : il connaît intimement son œuvre. Exactement l'inverse du lecteur/acheteur potentiel qui n'en sait rien du tout. Forcément, la vision de l'auteur est donc faussée. Souvent, un auteur veut que la couverture reflète parfaitement le livre, en raconte l'histoire, mais ce n'est pas du tout son travail. Je vais vous choquer encore, mais une couverture, c'est une tapineuse. Elle se fait belle et séduisante pour attirer le chaland, capter le regard. Elle doit allumer l'imagination et donner envie de l'aborder. Bref, une couverture doit attirer l'attention en montrant le moins possible, tout en suggérant ce qui attend le lecteur (le genre du livre, l'émotion prédominante, etc.). Vous connaissez l'adage qui dit qu'on ne juge pas un livre à sa couverture, mais c'est faux – du moins, en première intention. La couverture doit, en très peu de temps (surtout sur les rayonnages infinis de vignettes d'Amazon et compagnie), se distinguer. Et dans la fraction de temps qu'elle a pour le faire, impossible d'entrer dans les détails. C'est pourquoi il faut être le plus simple et direct possible. Si la couverture doit être analysée pour être comprise, s'il y a trop de choses à voir, alors c'est complètement foiré. Trop vouloir en dire ou en montrer, c'est la pire des erreurs à commettre. Surtout quand la couverture se retrouve réduite à une vignette, comme sur Amazon et consorts. Si l'intention de la couverture n'est pas déchiffrable en un battement de cil, c'est raté. Par contre, une couverture ne fait pas vendre un livre. Ça, c'est le boulot de la quatrième de couverture, du résumé. Beaucoup d'auteurs ont tendance à l'oublier et à bâcler ce texte, pressé de finir. C'est dommage de gâcher des mois d'écriture en expédiant cette présentation et en ratant la couverture. Ce sont les deux obstacles incontournables à surmonter avant de trouver un lecteur.

 

3. J’ai eu une expérience malheureuse avec une graphiste juste avant de travailler avec vous. Cette personne a commencé par me demander ce que je souhaitais comme couverture, pratiquement de lui en faire le schéma. Étant donné que je faisais appel à elle justement pour qu’elle me fasse des propositions, on s’est vite trouvées en porte à faux. La collaboration a pris fin sur une note très négative puisqu’elle m’a reproché de ne pas savoir ce que je voulais avec beaucoup de véhémence, disant que c’était propre aux auteurs français de ne pas savoir ce qu’ils voulaient (sic). No comment. Vous avez une façon radicalement différente de travailler, pouvez-vous en parler un peu et dire comment vous l'avez mise au point ?

 

D'un côté, je suis d'accord avec elle quand elle dit qu'un auteur ne sait pas ce qu'il veut pour la couverture – vous l'aurez sans doute compris avec ma réponse précédente. Mais justement, raison de plus pour ne pas lui demander de faire le travail ! C'est là que ma façon de voir les choses diverge diamétralement. Je ne demande jamais à un auteur ce qu'il veut en couverture, je ne travaille pratiquement pas sur des idées ou des images imposées -  elles sont rarement judicieuses. Comme je l'ai souligné plus haut, une couverture a un objectif, et ce dernier implique aussi des codes et des règles à suivre dans la composition, etc. C'est un équilibre délicat entre artistique, marketing et informatif – et le tout, encore une fois, instinctivement 'captable' par le visuel. Cela implique que parfois, je me retrouve à défendre des couvertures pour un livre contre l'avis de leur auteur, mais c'est toujours pour le bien de leur livre.

 

Concrètement, pour faire une couverture, je dois donc juste capter l'esprit du livre et de l'auteur, son intention. Je ne lis pas le livre – ne serait-ce que pour garder ce regard extérieur proche de celui du futur lecteur qui verra la couverture – je ne réclame que le résumé et quelques petites choses pour me faire une image mentale du livre. Et je demande carte blanche à partir de là. Évidemment, ça ne colle pas à tous les coups, mais c'est rare. Sur plus de 100 auteurs qui m'ont fait confiance, ça n'a dû arriver que trois ou quatre fois. Dont une où l'auteur est finalement revenu vers mes propositions, quelque temps plus tard, après avoir essuyé critiques et déconvenues sur l'idée à laquelle il s'accrochait. Parfois, il m'arrive aussi de décliner des prestations, souvent parce que je pense que je ne corresponds pas aux attentes de l'auteur ou parce que je ne 'sens' pas la couverture. C'est une simple question d'honnêteté.

 

Il est parfois difficile, pour un auteur, de comprendre que la couverture de son livre s'adresse à tout le monde, sauf à lui. C'est compliqué d'avoir ce regard objectif et détaché. C'est pourquoi, généralement, un auteur n'a pas vraiment son mot à dire sur sa couverture, en maison d'édition. Pas par dédain, mais justement pour les raisons que j'évoque depuis tout à l'heure. Et je comprends que ce ne soit pas facile à accepter – mais composer une couverture, c'est après tout un autre boulot que d'écrire. Vous ne demanderez pas à un peintre en bâtiment de monter tout le réseau électrique de votre maison, pas vrai ?

 

4. Toutes les fois où vous avez réalisé des couvertures pour moi, vous vous disiez débordé, et puis, finalement, vous me faisiez toujours très vite des propositions. C’est une question difficile pour un artiste, mais comment parveniez-vous à avoir aussi rapidement des idées ?

 

C'est terrible, mais j'ai ce défaut de ne pas pouvoir empêcher les idées de me tourner dans la tête, quand un nouveau projet m'est proposé. Je suis quelqu'un qui adore la nouveauté et les nouveaux défis, donc ça me hante malgré moi. Et quand des idées affleurent, forcément, je veux les appliquer rapidement pour ne pas les perdre. Pour le reste, c'est difficile à dire… C'est à la fois de l'analyse des éléments demandés aux auteurs pour esquisser leur livre, de la recherche, de l'intuition, du coup de bol. Parfois, les idées s'imposent, mais ce n'est pas toujours aussi évident. C'est d'ailleurs tout ce qui donne le piment à ce métier !

 

5. Il y a un autre auteur, Matthieu Biasotto, qui est également graphiste et réalise des couvertures pour les auteurs indépendants. D’après mon ressenti, on voit tout de suite lorsqu’une couverture a été faite par lui. Dans celles que vous réalisez, et cette remarque n’engage que moi, j’ai l’impression que vous essayez de « vous approprier » l’univers de l’auteur et d’éviter de mettre trop de vous dans vos réalisations, il m’a semblé noter une certaine neutralité. Qu’en pensez-vous ?  

 

C'est à mon sens la quintessence du boulot. C'est le livre de l'auteur, c'est donc l'histoire et l'auteur qui doivent être exposés, pas le graphiste de la couverture. Mais bien sûr, tout artiste a sa propre sensibilité, alors forcément, ça transparaît toujours plus ou moins – y compris dans mes créations (si si, je vous assure). En tout cas, j'essaye de le gommer au maximum. Je fais en sorte que chaque livre ressemble à son contenu, à son auteur. Quand un auteur me contacte pour un second, un troisième livre, etc., je l'encourage à garder la même composition, pour que l'ensemble soit cohérent. Exactement comme en librairie, où vous pouvez immédiatement reconnaître un King, un Clancy, un Valognes, par exemple. Sans imiter ces visuels ou d'autres, il faut trouver un rendu spécifique pour chaque auteur. Et uniquement pour lui. Il faut savoir totalement s'effacer – et croyez-m’en, ce n'est pas facile.

 

6. Quelles sont, selon vous, les trois questions à se poser quand on prend le pari de faire soi-même sa couverture ?

 

Je dirais qu'en fait, il y a une seule question à se poser : "En suis-je - objectivement – capable, ai-je les connaissances, la technique et les capacités créatives pour le faire comme il faut ?"  Comme je l'ai dit plus haut, la couverture est la première étape du lecteur vers le livre. Si l'on bâcle cette première étape, qu'importe qu'on ait écrit le meilleur des romans derrière. On aura tout gâché en sous-estimant la couverture. Comme je l'ai déjà souligné, il en va de même pour la présentation de quatrième, mais aussi pour la correction du manuscrit, la mise en page de l'epub ou la maquette de la version imprimée... Le manuscrit est le cœur du livre, mais pour exister, il a aussi besoin de ces autres 'organes'. Et pour le faire au mieux, il faut souvent savoir déléguer.

 

7. Vous avez publié En série : journal d'un tueur » en 2014, si je ne me trompe pas, en tant qu’auteur quel bilan faites-vous de ces quatre années écoulées ?

 


En fait, c'était en 2011, avant la démocratisation de l'autoédition, en France. En série a été un des tout premiers gros succès autoédités en France, sur iBooks, Kindle, Kobo… de gros chiffres de vente, pas mal d'exposition médiatique. D'autres romans  et nouvelles ont suivi, qui ont plutôt bien marché aussi pour la plupart. Il y a eu aussi un livre audio chez Hardigan, des romans et feuilletons chez Bragelonne, etc.… Beaucoup de choses en peu de temps ! Et puis, ça m'a lassé. Peut-être en ai-je trop fait ou peut-être ne me sentais-je pas vraiment dans mon monde. J'ai préféré lever le pied sur l'écriture, revenir à la fois à mes premières amours audiovisuelles, et me lancer dans d'autres projets qui me faisaient plus envie. L'envie d'écrire des romans reviendra peut-être. Sûrement. Mais maintenant, c'est autre chose qui m'éclate. En revanche, je m'amuse toujours autant avec les couvertures. Sans doute, comme je l'ai dit plus haut, parce que chaque nouveau projet est différent.

 

8. Si vous vous lanciez aujourd’hui dans l’autoédition, qu’est-ce que vous feriez différemment, qu’est-ce que vous feriez de la même façon ?

 

Je ferais pareil. Je suis comme ça, hors de question de trahir cela pour des raisons marketing ou autres. Mais le paysage a changé, comme dans tous les secteurs qui se démocratisent. Il n'y a plus ce côté 'artisanal' exploratoire et innovant qui m'avait tant plu, au début. Je ne sais pas si ça m'amuserait autant, aujourd'hui.

 

9. Bon, c’est une question un peu ALC, vous n'êtes pas devin, mais comment voyez-vous l’avenir de l’autoédition en France par rapport à l’expérience que vous en avez ?

 

L'autoédition permet à tout le monde de se lancer. C'est une bonne chose, mais il faut être conscient que c'est loin d'être l'eldorado que certains dépeignent. Permettez-moi une petite analogie que je reprends très souvent. Une librairie traditionnelle, c'est comme une petite crique de gros galets, où chaque livre est un caillou. Pas simple de se distinguer. L'autoédition numérique, c'est une immense plage de sable fin, où chaque livre est un minuscule grain. Et chaque jour, les vagues charrient des tas de nouveaux grains sur la plage. L'offre est de plus en plus pléthorique, mais le lectorat ne grossit pas – la tendance est même plutôt inverse. Mais ce n'est pas pour autant qu'il ne faut pas se lancer. Rien n'est pire que de regretter de n'avoir pas osé.

 

 10. J’ai lu dans l’une de vos interviews que, pour vous, cela n’avait pas beaucoup de sens de faire de la promotion. Effectivement, vous êtes très peu présent sur les réseaux sociaux. À l’évidence, ce n’est pas le moyen que vous avez choisi pour vous faire connaître. Quels conseils donneriez-vous en la matière ?

 

Je n'ai de leçons à donner à personne, d'autant que je ne suis pas vraiment un adepte de la promotion, ni des réseaux sociaux. Ceci dit, je vois souvent des auteurs inonder Facebook et consorts de messages à caractère publicitaire pour leur œuvre, jusqu'à saturation. À mon sens, ce n'est pas de la communication, juste du harcèlement. Sur Facebook et compagnie, tout le monde parle beaucoup de lui, mais personne n'écoute les autres ou ne s'intéresse à grand-monde. Pour moi, Facebook est l'endroit le plus solitaire du monde. Je sais qu'il ne faut pas généraliser, bien sûr, mais c'est là mon ressenti - et je me trompe certainement - gageons qu'on me le reprochera sans doute. Disons que je fais confiance à la nature.  Si des gens apprécient mes livres ou mes couvertures, ou si au contraire ils détestent, ils le diront. Ça se saura si ça le mérite. C'est sans doute naïf, mais ça me va.

 

11. Et la question à laquelle personne n’échappe sur ce blog : si vous étiez un super héros ou une super héroïne ?

 

Mon poisson rouge. Il a le super-pouvoir de déplacer les cailloux au fond de son aquarium. C'est comme un jeu entre nous : je les éparpille et systématiquement, il les rassemble dans un coin de l'aquarium, toujours le même. Je crois qu'il fomente un plan d'évasion, et je suis curieux de voir comment il va s'y prendre.

 


 

Merci beaucoup, David, d'avoir pris le temps de répondre à mes questions.

 

Le relooking de deux de mes couvertures par David Forrest. Je pense que les mentions avant/après sont inutiles Rigolant :

 

Essai couvertur paint 2 Fotolia_26467670_L.jpg                À l’eau de rose et de vaisselle - 108x1748 - plus marge 1cm.jpg

Blonde essai couverture 2 Fotolia_51622269_L.jpg                   https://static.blog4ever.com/2011/05/490189/Blondesexy---10-8x17-48---plus-marge-1cm.jpg

 

 

 

 

                                    

 

Je vous invite à aller faire un tour sur Kouvertures.com

 

 

Si vous souhaitez partager cet article, surtout, ne résistez pas à la tentation Clin d'œil

 

 

 

 

 

Sandra Ganneval, écrivain indépendant

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23/07/2018
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