Sandra Ganneval, l'autoédition, le choix de la liberté

Le racisme insidieux, c'est...

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Il y a quelques semaines, j’ai bien cru que le mouvement des gilets jaunes était un mouvement antisémite. En tout cas, c’est l’élément sur lequel les médias ont décidé de se concentrer, sans doute parce que cela les arrangeait bien de ne pas creuser plus avant tant ce mouvement les désarçonne.

 

Un élément grave s’est produit, un homme de confession juive a été victime d’insultes antisémites. Cet homme est une personnalité médiatique, Alain Finkielkraut, du coup, il était plus facile que l’opinion publique soit attentive à cet évènement.

 

À cette occasion, nous avons appris que les agressions antisémites avaient augmenté de 74% en France ces derniers mois.

 

74 % !

 

Il a fallu qu’une personnalité juive (quelque peu controversée) soit insultée en pleine rue pour que les médias embrayent sur l’antisémitisme et nous en parlent pendant quelques jours.

 

Ce que je me demande, c’est ce que l’on fait au quotidien, en France, pour lutter contre l’antisémitisme, contre le racisme, contre tous ces mots en isme et en phobe qui pourrissent la vie de tant de gens.

 

Qu’est-ce que l’on fait au quotidien ?

 

Contre le racisme insidieux, par exemple.

 

Je vais vous en parler, parce que c’est le mot en isme que je connais le mieux.

 

Qu’est-ce que l’on fait pour lutter contre le racisme insidieux en France au 21ème siècle ?

 

Une petite définition d’insidieux ne sera peut-être pas de trop :

 

« Qui constitue un piège, qui cherche à tromper : Question insidieuse.

Qui se répand insensiblement, sournoisement : Un poison insidieux.

Se dit d'une maladie grave malgré sa bénignité apparente au début. »

 

Franchement, je pense que l’on ne fait pas grand-chose. 

 

Parce que, finalement, les gens qui te balancent à la figure qu’ils sont racistes, ça arrive quand même assez rarement.

 

En revanche, lorsque tu es issue de la diversité (comme on dit, précautionneusement), parfois, souvent ( ?) tu te demandes si tu n’as pas été victime d’une attitude raciste et puis, dans la foulée, tu peux être amenée à te demander si tu dois vraiment te poser la question, si tu ne serais pas plutôt un peu parano.

 

Et puis, de toute façon, comment le prouver ?

 

Pour moi, le racisme insidieux, c’est tout ce que je vais vous citer et plus encore, je vais en oublier, c’est sûr.

 

Le racisme insidieux, c’est, dans un coin de ma tête, me demander si cet entretien d’embauche s’est mal passé parce que je n’ai pas donné les « bonnes réponses » ou parce la couleur de ma peau n’a pas plu au recruteur.

 

Le racisme insidieux, c’est voir mon dossier rejeté par un propriétaire, alors qu’au niveau financier aucun souci ne se posait, c’est demander à l’agent immobilier ce qui n’allait pas et le voir s’emmêler les pinceaux dans ses explications.

 

Le racisme insidieux, c’est m’entendre demander ma carte de séjour alors que j’ai précisé que j’étais originaire de la Martinique, donc française, pour ceux qui voudraient voir ma carte de séjour.

 

Le racisme insidieux, c’est préférer ne pas mettre ma photo sur mon CV, au cas où cela précipiterait sa chute dans une poubelle.

 

Le racisme insidieux, c’est me demander, avant d’aller à un entretien d’embauche, si oui ou non, je peux me permettre d’y aller avec un afro digne d’une Black Panther et me dire non, surtout pas, et me battre avec mes cheveux crépus pour en faire un chignon, un truc lisse qui ne « dérangera » pas mon interlocuteur parce que, les cheveux crépus, ça ne fait pas sérieux, c’est bien connu.

 

Le racisme insidieux, c’est lorsque cette femme m’a dit que j’étais exotique pour certains hommes et un, en particulier. Heu, les fruits sont exotiques, pas les gens, mais je n’ai pas su quoi répondre sur le moment.

 

Le racisme insidieux, c’est quand on parle à ma place de femme métisse, que l’on pense savoir mieux me définir que je ne saurais le faire moi-même.

 

Le racisme insidieux, c’est quand on remet en doute mes compétences, mon intelligence à cause de la couleur de ma peau.

 

Le racisme insidieux, c’est quand on me demande d’où je viens alors que je suis dans mon pays, que mes ancêtres noirs africains réduits en esclavage étaient des biens meubles français (c’est écrit dans le « Code Noir », bon pas « français », mais « biens meubles ») et les colons français qui ont usé et abusé de leur droit ( ?) de cuissage, eh ben, ils étaient français.

 

Le racisme insidieux, c’est quand je me sens obligée d’armer mes enfants, que je ne sais pas trop comment m’y prendre, que je les soule parfois avec tout ce que je pointe, les héros de leurs jeux vidéo préférés qui sont blancs, les héros de leurs livres préférés qui sont blancs, les héros de leurs dessins animés préférés qui sont blancs, et leurs profs aussi qui sont blancs, en majorité, oui, je les arme, mais je ne sais pas trop contre quoi, je les prépare, juste, parce que j’ai peur que, parfois, ce soit difficile pour eux, parce que des petites remarques assassines, j’en ai entendues, et moi, je n’ai pas su quoi répondre, je me suis tue, je me suis sentie désemparée, je me suis sentie pas à ma place, indésirable, invisibilisée par les autres et par moi-même, ce qui est bien pire, finalement.

 

Le racisme insidieux, c’est quand on ne répond pas à mon sourire et que je devine pourquoi tout en me traitant de parano.

 

Le racisme insidieux, c’est quand ça me fait bizarre de voir des gens comme moi à la télé, au cinéma, et que l’on me fait remarquer que je regarde un film dans lequel il n’y a que des Noirs alors que lorsqu’il n’y a que des Blancs dans un film, personne n’en fait jamais la remarque, à part moi.

 

Le racisme insidieux, c’est quand je ne me vois pas représentée, mais que je trouve ça normal et que cela ne me choque pas, parce que, depuis mon enfance, je vis les médias ainsi.

 

Le racisme insidieux, c’est quand je dénigre ma peau, mes cheveux, mon nez ou quoi que ce soit d’autre de mon physique et que mes proches aussi colorés ou plus que moi le font aussi, spontanément.

 

Le racisme insidieux, c’est quand je suis invisibilisée mais que moi aussi, je m’invisibilise, déjà que tu es noire, ne va pas trop te faire remarquer.

 

Le racisme insidieux, c’est quand le Noir meurt en premier dans le film.

 

Le racisme insidieux, c’est quand le Noir joue un « rôle de Noir » dans le film. 

 

Le racisme insidieux, c’est quand une femme me dit qu’elle est étonnée que les petits Martiniquais parlent si bien le français, ça tombe bien, c’est leur langue officielle, le français !

 

Le racisme insidieux, c’est quand l’histoire du continent dont sont issus mes ancêtres réduits en esclavage n’existe pas, parce que les Africains ne sont pas encore entrés dans l’histoire, paraît-il.

 

Le racisme insidieux, c’est quand on m’explique que le mal que l’on a fait à mes ancêtres, je dois le voir comme quelque chose de positif.

 

Le racisme insidieux, c’est ce truc qui bouillonne au fond de moi (colère ? rage ? désespoir ?), dont je ne sais pas trop quoi faire mais qui est là et bien là.

 

Le racisme insidieux, c’est quand j’opte pour une carrière où la couleur de ma peau ne posera pas de problème parce que, alléluia, je serais confrontée à la diversité tant du côté de ceux qui m’auront recrutée que de ceux avec lesquels je serais amenée à travailler.

 

Le racisme insidieux, c’est quand l’histoire de l’esclavage et de la colonisation est édulcorée dans les manuels scolaires.

 

Le racisme insidieux, c’est…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



22/03/2019
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