Sandra Ganneval, l'autoédition, le choix de la liberté

La téléportation est un sport de combat, chapitre 7


 

 

 

 

Émeline aurait dû dire : « Ils ne parlent que de ça ! »

 

 

Aucun pays n’est épargné.

 

 

Disparitions mystérieuses.

 

 

Apparitions mystérieuses.

 

 

« Doit-on parler de crises d’hystérie collective ? » s’interroge un journaliste.

 

 

« Les vidéos qui circulent depuis quelques temps sur Internet sont-elles ou non truquées ? » demande un autre.

 

 

Sur l’écran, des personnes interviewées brandissent des bracelets identiques au sien, elles affirment qu’un homme noir de grande taille le leur a donné en leur disant : « Ce bracelet vous conduira là où vous souhaitez aller ». Les heureuses propriétaires n’hésitent pas, font des démonstrations, disparaissent pour réapparaître quelques mètres plus loin.

 

 

Les premiers phénomènes de téléportation ont eu lieu dans plusieurs pays à la fois.

 

 

Des scientifiques débattent, affirmant que la seule chose que l’on soit capable de téléporter à l’heure actuelle, ce sont des atomes, téléporter un être humain, c’est une entreprise impossible avec les moyens technologiques actuels. Ils parlent de téléportation quantique, de non séparabilité, d’état intriqué, de transmission de structures. « En vertu de la théorie de Newton, la téléportation est tout bonnement impossible. » affirme, péremptoire, un homme à lunettes minuscules et crâne garni d’une mèche unique.

 

 

« Il faudra encore attendre des milliers d’années pour que nous parvenions à téléporter un être humain. Comment voulez-vous que nous déterminions la position de chacun des atomes d’un individu ? Dans quelques décennies, nous pourrons probablement téléporter des molécules complexes, voire des molécules organiques. Nous sommes incapables de faire cela aujourd’hui. Nous ne sommes pas dans un épisode de « Star Trek ». Tout ceci n’est qu’un gigantesque canular. »

 

 

« Connerie ! » s’exclame soudain la journaliste qui mène le débat, elle se lève, retrousse sa manche, son poignet est cerclé du fameux bracelet. Elle hurle : « Tahiti ! » et disparaît devant les yeux éberlués des trois grosses têtes.

 

 

Aux quatre coins du monde, des envoyés spéciaux témoignent.

 

 

On ne cesse de vérifier cette information incroyable. Oui, il est possible de se téléporter grâce à ces bracelets. Personne ne peut expliquer comment ils fonctionnent. Pas même Stephen Hawking, le célèbre physicien. Il est si dépité que sa voix électronique en parait tout éraillée. Il a demandé à ce que le colosse noir lui ramène un bracelet, de toute urgence.

 

 

On ignore combien de personnes sont en possession de ce que les médias appellent, faisant référence au film « La Mouche », le « télépode ».

 

 

Cela fait à peu près quarante-huit heures que le phénomène s’est enclenché et déjà des sommes folles sont proposées pour acheter un « télépode », des vols ont eu lieu, parfois à main armée.

 

 

Une femme témoigne, montrant l’hématome qui zèbre son poignet que le voleur a meurtri pour en arracher un bracelet qui n’était rien qu’un bijou de pacotille !

 

 

Les vidéos qui circulent sur Youtube affichent déjà des centaines de milliers de vue.

 

 

« Mon prééééééécieux ! » murmure une adolescente boutonneuse en couvrant son bracelet de baisers devant la caméra de son téléphone portable.

 

 

Une folie furieuse s’est abattue sur la terre.

 

 

Inès porte les doigts à sa bouche et se met à se ronger les ongles. Des questions tourbillonnent dans sa tête tandis qu’elle regarde sans les voir à la fois les images et le texte qui défilent au bas de l’écran, défiant le cerveau de tout individu normal d’intégrer deux informations différentes à la fois. La voix de la journaliste où perce une vraie nuance d’excitation est comme un bruit de fond sur ses pensées.

 

 

Chaque bracelet est-il, comme le sien, gravé du nom de la personne qui l’a reçu ? Ce détail n’a pas été évoqué. Peu de gens, sans doute, ont pensé à en examiner l’intérieur, trop excités par l’usage qu’ils pouvaient faire du bijou pour se préoccuper de ce détail.

 

 

Qui est l’homme qui distribue ces bracelets ? Où se les est-il procurés ? Qui les a fabriqués ? Pourquoi les scientifiques déclarent-ils qu’il est impossible qu’une telle technologie existe alors qu’à l’évidence elle est bel et bien opérationnelle ? Reste-t-il de la glace dans le congélateur ? Elle a besoin d’une overdose de sucre rapide, là, tout de suite.

 

 

Elle dévore le pot de crème glacée en continuant à regarder l’écran, hypnotisée, espérant une nouvelle information mais ce sont les mêmes qui se répètent, en boucles, souvent imprécises, balancées brutes avant d’avoir été vérifiées, tant le sensationnel est devenue la condition sine qua none pour transmettre une information tronquée et retenir l’attention des téléspectateurs à tout prix.

 

 

Le mystérieux géant noir a été aperçu sur la statue de la Liberté, une photo floue en témoigne. Au dernier étage de la Tour Eiffel, il a été filmé une nuée de touristes japonais, il a également déambulé sur la Place Rouge et des soldats l’ont mis en joue Place Tian'anmen où il s’est volatilisé.

 

 

Inès finit par s’endormir, abrutie de douceur et d’actualités. Elle rêve du colosse. Il lui barre le soleil comme le ferait la lune lors d’une éclipse. Dans son sommeil, elle étouffe, a l’impression de se noyer tandis que peu à peu le visage de « Derval la Hyène » prend la place de celui de l’homme.

 

 

 

 

 

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08/06/2017
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