Sandra Ganneval, l'autoédition, le choix de la liberté

La téléportation est un sport de combat, chapitre 6


 

 

 

– Tadam !

 

– Maman, comment t’as fait ça ? C’est de la magie ?

 

– Tadam !

 

 

Une pluie de billets de banque volète à travers la pièce. Émeline sautille autour du lit d’Inès en les balançant à la volée. Elle tourne, danse, tourbillonne.

 

 

Inès ne bouge pas, les doigts dans la bouche. Tétanisée. Puis :

 

 

– Oh, mon Dieu ! Qu’est-ce que tu as fait ?

 

– Je te raconterai ça plus tard, il faut que j’aille travailler. Je reviendrai te voir à ma pause, ok ?

 

– Oooook, répond Inès, sidérée que le moyen de transport, il y a un instant si effrayant, soit devenu d’une extrême banalité pour son amie.

 

 

Émeline jette un coup d’œil à sa montre.

 

 

– Bon, faut vraiment que j’y aille. Au revoir, mon poussin !

 

– Maman, comment t’as fait la magie ? Maman, j’peux essayer moi ? Maman refais-le. Refais-le. Refais-le. Maintenant !

 

 

Lilou sautille sur place. Émeline l’enlace avec ferveur, lui fait un énorme baiser, la repose, attrape Inès par les mains, la fait valser sans son consentement.

 

 

– Génial, c’est génial ! Je peux le garder encore un peu, dis ? Je peux le garder ?

 

 

Inès ne peut qu’hocher la tête, effarée par l’attitude de son amie qui vient probablement de cambrioler une banque grâce à un super pouvoir qu’elle lui a transmis de son plein gré. « Grand pouvoir égale grande responsabilité », songe-t-elle soudain tandis qu’Émeline attrape son sac à mains avant de disparaître à nouveau, le temps d’un battement de cils.

 

 

– Oh la la, quand je vais raconter ça à Tiffany !

 

 

Tiffany est la meilleure amie de Lilou. Inès déglutit, les mains pressées l’une contre l’autre, elle observe le tapis d’un genre particulier qui habille sa chambre.

 

 

– Heu, ma chérie… en fait, il ne faudra pas lui dire.

 

– Pourquoi ?

 

– Ben, heu, parce que c’est un secret, bien sûr.

 

 

Lilou l’aide à ramasser l’argent et à en faire des liasses non sans avoir voulu lui montrer comment son copain Lino lui a appris à faire un avion en papier. Quelques billets de banque prennent un nouvel envol inattendu à travers la pièce.

 

 

*

 

* *

 

 

– Il faut que tu rendes cet argent.

 

– Mais, au fait, je n’avais pas remarqué tes cheveux, avec tout ce qui s’est passé et ton côté alcoolique et exorcist girl, ils sont super beaux. Pourquoi tu les attachais tout le temps ?

 

 

Lilou dort. Il est deux heures du matin et Émeline est en pause pour un petit quart d’heure. Officiellement, elle fait un séjour prolongé dans les toilettes réservées au personnel soignant de l’hôpital où elle travaille en tant qu’infirmière, officieusement, elle a pris la poudre d’escampette pour retrouver Inès, comme promis.

 

 

Elle ne peut pas s’empêcher de tripoter la masse touffue qui encadre et adoucit le visage de son amie.

 

 

– Ouah ! Quelle épaisseur !

 

– N’essaie pas de détourner la conversation, il faut qu’on parle de ça !

 

 

Elle lui montre les liasses de billets, disposées en rangs d’oignons sur la table basse.

 

 

– Tu dois rendre cet argent à la banque, Émeline.

 

– Ah, oui, pourquoi ? Tu crois que quelqu’un s’est déjà aperçu de son absence ?

 

– Pourquoi ? Mais parce que c’est mal. On ne doit pas voler le bien d’autrui.

 

– Aïe ! Nouvelle coiffure et éducation religieuse qui pointe son nez. Tu crois que je vais aller en enfer, si je garde cet argent ?

 

 

Un sourire se joue sur les lèvres joliment ourlées d’Émeline.

 

 

Émeline, ce n’est pas parce que j’ai eu ce bracelet que l’on doit se transformer en voleuses. On peut l’utiliser pour voyager mais pas pour voler.

 

– Bon, arrête de t’emballer comme ça même si j’adore te faire marcher. J’ai deux choses très importantes à te dire et je n’ai pas beaucoup de temps.

 

– Comment ça, tu me fais marcher ?

 

– D’abord, Inès, cet argent ne vient pas d’une banque. Même si c’est une bonne idée d’utiliser ce super pouvoir pour dévaliser une banque. Je n’avais pas encore eu le temps d’y penser. Je n’ose pas imaginer le nombre d’idées malsaines qui ont germé dans ton petit cerveau depuis que tu as ce bracelet.

 

– Mais, pas du tout !

 

– Ok, ok. Cet argent appartient à Mika.

 

À Mika ? Ton ex, tu veux dire ?

 

– Oui, j’ai piqué la recette de son magasin.

 

– Tu as fait quoi ?

 

– J’ai piqué l’argent du magasin, la recette, tout ce qu’il y avait dans la caisse, juste pour l’embêter, plus sa réserve personnelle, celle qu’il ne déclare pas au Fisc, j’avais peur qu’il l’ait déplacée mais il est du genre fidèle à ses habitudes. Elle était planquée à l’endroit habituel.

 

– Tu n’as pas fait ça !

 

– Si, si, c’est la première idée qui m’est venue, tout de suite, quand tu m’as dit que je pouvais aller où je voulais, aller lui piquer son fric et me régaler en imaginant sa tête de radin quand il évaluerait le montant de la somme disparue.

 

– Mais, il y a sûrement des caméras de surveillance, il va savoir que c’est toi qui as fait ça.

 

 

Inès se tord les mains, elle les essorerait si elle pouvait.

 

 

Émeline éclate de rire.

 

 

– Des caméras de surveillance ! Des caméras de surveillance ? Non, mais, tu plaisantes ! Je t’ai parlé de Mika. Je t’ai expliqué pourquoi je me suis barrée en courant quand Lilou a eu deux ans. J’ai craqué ! Je ne pouvais pas acheter un seul truc neuf pour ma fille. Il me faisait une scène lorsque j’osais lui acheter une petite robe ou un jouet. Ça partait en vrille à chaque fois. Il a tout trouvé d’occasion ou a réussi à l’obtenir gratuitement sur des sites de dons : les vêtements, la poussette, le lit – j’ai dû me battre pour qu’on y mette un matelas neuf – la chaise haute, la table à langer, tout, tout… des fois, j’avais l’impression, qu’occasion était tatoué sur le front de mon bébé. Bon, je ne découvrais pas qu’il était radin. Ça faisait six ans qu’on vivait ensemble. Je trouvais ça plutôt bien d’être avec quelqu’un qui tempère mon côté dépensier, oui, pas la peine de me regarder avec ces yeux là, je sais que l’argent me brûle les doigts. Il m’a appris, enfin, il a essayé de m’apprendre, à faire des économies, à gérer mon argent et, comme j’étais folle de lui, ben, j’acceptais tous ses conseils sans broncher même si je les mettais rarement en pratique, je le reconnais. Mais quand la petite est arrivée et qu’il a été infichu de lui acheter un doudou neuf, bien à elle, je ne sais pas, quelque chose en moi s’est révolté. J’ai trouvé que c’était tellement injuste.

 

– Et tu crois que c’est une raison suffisante pour le voler ?

 

– Je lui rendrai son argent en temps et en heure. Mais tout ça pour te dire que, rassure-toi, il n’a pas fait installer de caméra de surveillance dans la pièce où je me trouvais, il n’y en a que dans le magasin. Il s’en tient au strict minimum en matière de dépenses, tu peux en être sûr. C’est la seule personne que je connaisse qui fait des recherches sur Internet pour trouver des soldes sur le papier toilette !

 

 

Elle jette un coup d’œil à sa montre, caresse machinalement le bracelet, toujours à son poignet.

 

 

– Oh la la qu’est-ce que je suis bavarde, je ne vais pas avoir le temps pour la suite et les collègues vont penser que j’ai un sérieux problème de tuyauterie. Écoute, allume la télé sur une chaîne info. Ils parlent de ça.

 

 

Elle secoue le bracelet sous le nez d’Inès qui fronce les sourcils.

 

 

– C’est le sujet de du jour !

 

 

Et elle s’éclipse, un sourire énigmatique plaqué sur les lèvres.

 

 

 

 

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07/06/2017
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