Sandra Ganneval, l'autoédition, le choix de la liberté

La téléportation est un sport de combat, chapitre 5


 

 

Le mini voyage qu’elle a effectué a dégrisé Inès. Elle se sent encore un peu ivre mais a les idées claires. Le plus étonnant avec ce phénomène, c’est son immédiateté. Il ne semble pas y avoir de délai entre l’instant où elle souhaite se retrouver à tel endroit et le moment où elle y prend pied. Ce qui éclaircit également ses idées, c’est la façon dont son amie la regarde, la terreur qu’elle lit dans ses yeux. Elle est… rassurée par son attitude. Elle ne doute plus de ses sens. Elle parvient bel et bien à passer d’un lieu à l’autre grâce à ce bijou. Elle n’a pas rêvé cet épisode sur une île paradisiaque comme une partie de son esprit ne cesse de le lui répéter car ce qu’elle a vécu ne correspond à rien de connu, à rien que tolère la raison qui domine cette partie psychorigide de son mental.

 

 

Émeline, ne me regarde pas comme ça, tu me fais flipper.

 

– C’est toi qui me fais flipper, répond Émeline du tac au tac d’une voix chevrotante.

 

 

Elle superpose ses deux index, formant une croix improvisée qu’elle brandit telle une arme, elle se tient une jambe pliée en avant, on dirait un personnage de manga prêt à un combat de cartes magiques.

 

 

– Bouh ! souffle Inès.

 

 

Émeline bondit en arrière comme si elle l’avait piquée et s’écrase contre la porte.

 

 

– T’es trop drôle, Émeline, arrête, je vais me pisser dessus !

 

 

Inès est prise d’une crise de fou rire qui n’a rien de diabolique, un rire apaisant, un rire communicatif. Son amie baisse sa garde ridicule et ne peut s’empêcher d’esquisser un sourire puis elle se met à rire avec Inès. Elle demeure, cependant, à une distance plus que raisonnable.

 

 

– Mais, comment tu as fait ça ?

 

– C’est le bracelet, c’est le bracelet, je te dis.

 

 

Inès l’ôte et le lui tend.

 

 

– Essaie, tu verras, ça va peut-être marcher aussi pour toi, dit-elle avec espoir.

 

 

Émeline hésite. Il n’y a pas d’explication rationnelle à la scène qu’elles sont en train de vivre. Il n’y en a pas. Elle n’arrive pas à en trouver une. Que doit-elle faire ? Elle a cessé de rire. Son rire s’est interrompu comme une cascade qui se tarirait soudainement. Elle déglutit. Elle reconnaît l’expression habituelle d’Inès reflétant en cet instant son manque d’assurance chronique.

 

 

– Tu le mets et tu penses à l’endroit où tu veux aller, tu l’imagines mais sois précise, une seule idée à la fois. Essaie, s’il te plaît.

 

 

Émeline tend la main vers l’objet. Sa main s’est levée presque toute seule. Son sens commun n’est pas tout à fait d’accord, marmonnant que si ce n’est pas diabolique, eh bien, c’est un truc pour la télévision, une caméra cachée, une émission de grande qualité, certes, avec de gros moyens techniques, des effets spéciaux… qu’est-ce que cela pourrait être d’autre ? Bientôt, elle saura de quoi il en retourne. Cette nouvelle façon d’envisager la situation la rassérène et elle saisit le bijou en haussant les épaules, à l’aise, tout à coup. Ok, elle va jouer le jeu. On verra bien ce qui se passera.

 

 

Sans plus réfléchir, elle jette un coup d’œil à sa montre, ferme les yeux très fort et s’efface, laissant un vide dans l’espace qui semble onduler durant une fraction de seconde.

 

 

Lilou frappe à la porte tandis qu’Inès tout excitée se précipite vers l’endroit où se trouvait son amie.

 

 

– Qu’est-ce que vous faites, les dames grassouillettes ? demande la petite fille en gloussant.

 

 

Elle adore ce mot, grassouillette, retenu d’une histoire que lui raconte souvent sa mère, celle de « La petite poule rousse », elle l’aime parce qu’il fait grincer les dents d’Émeline qui a tendance à se focaliser sur deux ou trois kilos qui soi-disant lui collent aux fesses.

 

 

En voyant l’enfant pénétrer dans la chambre, un bref instant, Inès panique. Et si la téléportation, parce qu’il s’agit bien de cela, comme dans cette série avec le type vert aux grandes oreilles, et si la téléportation d’Émeline ratait et qu’un bout d’elle atterrissait en Australie et l’autre au Vietnam, les deux pays que la jeune femme lui a souvent dit qu’elle voulait visiter. Elle réprime une nausée en imaginant la dépouille sanguinolente de son amie divisée en deux, une partie intriguant un troupeau de kangourous, l’autre reniflée avant d’être dévorée par d’énormes cochons vietnamiens.

 

 

– Elle est où, Maman ? Elle a disparu au fond des toilettes ?

 

 

Lilou rit de sa blague tandis qu’Inès commence à se ronger les ongles avec application.

 

 

 

 

 

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06/06/2017
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